Israël Jacky Cantave : « Le numérique n’enlève pas la responsabilité du journaliste » 

Israël Jacky Cantave : « Le numérique n’enlève pas la responsabilité du journaliste » 

Figure incontournable du paysage médiatique haïtien, Israël Jacky Cantave cumule plus de 25 ans d’expérience derrière le micro, devant la caméra et au cœur de l’action. De ses débuts fougueux à Radio Caraïbes FM en 1997 à ses envolées matinales sur les ondes de Radio Centre-Ville, son parcours est un véritable road movie journalistique entre Haïti, la France et le Canada. 

Formé en communication et en droit, nourri par l’exigence de Radio France Internationale et la rigueur de la Télévision Nationale d’Haïti, il est tour à tour journaliste, animateur, créateur de contenu, entrepreneur médiatique, consultant, formateur… et éternel passionné. Fondateur d’Espace FM, artisan de proximité, serviteur du public, Jacky ne s’est jamais contenté de faire de l’information : il l’a incarnée, vécue, façonnée. 

Aujourd’hui, il revient avec un nouveau projet inspirant, « Mon histoire, ma passion », qui verra le jour sous peu en collaboration avec ImajLa. Mais au-delà de cette belle annonce, c’est son regard lucide sur le journalisme haïtien, à l’heure du numérique, que nous avons voulu explorer. Parce qu’avec Jacky Cantave, il n’y a jamais que de la parole, il y a toujours du fond, du feu et une folle envie de transmettre. 

Voici cher lecteur l’entretien sans filtre avec un homme qui n’a jamais cessé de croire au pouvoir de l’information bien faite. 

IMAJ LA : Vous avez traversé plusieurs époques et pays. Comment résumeriez-vous votre parcours ? 

Israël Jacky Cantave : 
Mon parcours a commencé en 1997 à Radio Caraïbes FM, en Haïti. Ce fut loin d’être un chemin linéaire. En 2002, j’ai quitté le pays pour poursuivre des études en communication en France, où j’ai également été formé au Centre de Perfectionnement des Journalistes (CPJ) en management Radio-Télé. J’y suis resté sept ans avant de revenir en Haïti en 2009. J’ai repris du service à Radio Caraïbes, tout en collaborant avec divers acteurs politiques, jusqu’à mon poste de porte-parole auprès de Claude Joseph. Aujourd’hui, je suis installé à Montréal, où je continue de travailler dans les médias, notamment en animant La Matinale de Montréal. Le journalisme, c’est plus qu’un métier pour moi, c’est une vocation. 

IMAJ LA : Comment percevez-vous l’évolution des médias à l’ère du numérique ? 

IJC : 
Le numérique, tout comme la radio ou la presse écrite, est un outil. Il ne détermine pas la qualité du journalisme : c’est l’usage qu’on en fait qui compte. Le journaliste doit maîtriser cet outil, sans en devenir l’esclave. Le numérique permet une diffusion plus rapide, une accessibilité accrue, et réduit considérablement les distances. Mais il ne doit jamais faire oublier la responsabilité fondamentale du journaliste : vérifier, analyser et contextualiser. Un bon outil mal utilisé peut être dangereux. Le numérique ne remplace ni la rigueur, ni l’éthique. 

IMAJ LA : En Haïti, la crise est profonde. Quel rôle peuvent jouer les médias ? 

IJC : 
La presse est, par essence, le miroir d’une société. En Haïti, où la crise est systémique et profonde, elle reflète cet état de déséquilibre. Cela dit, les médias ont un rôle à jouer, au même titre que les institutions politiques, l’élite intellectuelle, ou encore les citoyens. La presse ne peut pas être seulement une observatrice, ni une donneuse de leçons : elle doit être actrice de changement, tout en restant fidèle à sa mission d’informer avec objectivité. Nous devons aussi reconnaître que certains comportements journalistiques contribuent à entretenir cette crise. Il est temps de réaffirmer la mission première de la presse : celle d’éclairer, pas de déformer. 

IMAJ LA : Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, beaucoup estiment que tout le monde peut devenir journaliste. Qu’en pensez-vous ? 

IJC : 
C’est une grande confusion. Le journalisme est une profession ancrée dans des normes déontologiques. Un influenceur, par exemple, donne son opinion, vend des produits ou partage son expérience. Il n’est pas soumis aux mêmes exigences d’objectivité et de rigueur. Le journaliste, lui, est un professionnel de l’information, un observateur méthodique qui analyse avant de publier. L’amalgame entre ces deux figures nuit à la crédibilité du métier. Le journaliste n’est pas un propagandiste, encore moins un commentateur gratuit. 

IMAJ LA : Comment revaloriser le métier de journaliste en Haïti ? 

IJC : 
Le journalisme, comme beaucoup d’institutions en Haïti, souffre d’un déficit de crédibilité. Aujourd’hui, n’importe qui peut se déclarer journaliste, sans formation, sans cadre de référence. Il nous faut une structure d’encadrement, à l’image des ordres professionnels comme ceux des médecins ou des avocats. Il faut poser des critères d’admission, redéfinir les responsabilités, évaluer les compétences. C’est ainsi qu’on rendra au journalisme haïtien sa valeur, sa noblesse, et sa capacité à jouer un rôle de sentinelle dans la démocratie. 

IMAJ LA : Après toutes ces années, qu’est-ce qui vous motive encore ? 

IJC : 
Ce métier, je l’aime aujourd’hui autant qu’en 1997. Ce qui me motive, c’est cette capacité à innover, à créer, à m’adapter aux nouvelles réalités technologiques. À l’époque, la radio était un monde mystérieux ; aujourd’hui, elle cohabite avec les réseaux sociaux, les podcasts, les plateformes numériques. Et j’évolue avec elle. Je suis une machine à idées, et tant que j’en aurai, je continuerai à produire, à raconter, à informer. Le journalisme, c’est mon moteur. Et je roule encore avec passion. 

Entrevue menée par Kerby Vilma rédacteur Imaj La

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