Hatelove, aimer comme on brûle : Joé Dwèt Filé se met à nu.

Hatelove, aimer comme on brûle : Joé Dwèt Filé se met à nu.

Il a d’abord existé sans visage. Une plume dans l’ombre, une oreille absolue derrière les consoles, un artisan discret dont le talent habillait les succès des autres sans jamais réclamer sa part de lumière. Pendant des années, Joé Dwèt Filé a nourri la musique des autres en silence, auteur-compositeur et ingénieur du son aussi doué qu’invisible. Puis en 2018, quelque chose a basculé. Il a posé les casques, avancé vers le micro, et décidé que les mots qu’il écrivait méritaient enfin sa propre voix.

Ce choix, il en a fait une carrière foudroyante. Aujourd’hui, l’enfant de Montreuil est écouté par des dizaines de millions de personnes sur la planète. Des Lagos à Paris, de Port-au-Prince à Montréal, sa musique traverse les frontières avec une aisance qui tient presque du mystère, celui d’un artiste qui sait exactement ce qu’il dit, parce qu’il a pris le temps de l’apprendre avant de le dire.

Ce vendredi 22 mai, Joé Dwèt Filé entre dans une nouvelle dimension avec Hatelove, son album le plus ambitieux à ce jour. Le titre seul dit tou, ou presque. Amour, haine : deux mots que l’on croit opposés, que le chanteur de 31 ans choisit de fusionner en une seule et même réalité. « Amour ou haine, au fond c’est le même feu, ça ne brûle juste pas pareil », dit-il. Une formule qui résume à elle seule sa manière d’écrire : tranchante, imagée, viscérale.

En une quinzaine de titres, il explore les zones grises du sentiment amoureux, ses vertiges, ses blessures, ses contradictions. Ni naïf ni cynique, Hatelove regarde l’amour en face, sans fard. « L’amour est beau, mais pas tout le temps rose, confie-t-il au Figaro. Il peut être noir et faire horriblement mal. » On est loin des déclarations lisses et convenues. Ici, la douceur coexiste avec la douleur, et c’est précisément ce qui rend l’album si humain, si proche.

Musicalement, Hatelove est à l’image de son auteur : un métissage assumé et maîtrisé. Hip-hop, RnB, compas, cette musique traditionnelle haïtienne qui pulse comme un cœur depuis des générations, s’y entrelacent avec une fluidité déconcertante. Car Joé Dwèt Filé ne choisit pas entre ses influences, il les habite toutes. Ses deux parents sont originaires d’Haïti, et cette double appartenance n’est pas un détail biographique : c’est le socle de sa musique, l’ADN de son identité artistique. Il porte en lui deux cultures, deux rythmes, deux façons de ressentir, et il en a fait sa signature.

Le mois de décembre s’annonce comme un aboutissement. Ce fils de Montreuil, qui préférait autrefois rester dans les coulisses des studios, foulera la scène de Paris La Défense Arena, l’une des plus grandes salles d’Europe. Un symbole fort pour un artiste dont le parcours est lui-même une leçon de patience et de foi en soi : on ne brille pas plus fort qu’après avoir longtemps éclairé les autres.

Hatelove n’est pas seulement un album. C’est la preuve qu’on peut prendre son temps, travailler dans l’ombre, et finir par illuminer des stades entiers.

Marcelin Delice pour Imaj La

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