Le 15 mai 2026, Paul Beaubrun dépose sa nouvelle chanson comme on pose une offrande sur un autel. Elle s’appelle “Rasin Toussaint Tap Pale Yo”. En créole : les racines de Toussaint recommencent à parler. Quatre mots qui suffisent à comprendre que Paul Beaubrun ne fait pas de la musique de divertissement. Il fait de la musique de résistance. De la musique de transmission.
L’arbre qu’on n’a pas pu tuer
Toussaint Louverture n’a pas gagné sa révolution les armes à la main. Il l’a gagnée par la parole, même enchaîné, même mourant dans un fort glacé du Jura. Sa dernière grande phrase est restée : les colonisateurs français avaient cru en finir avec lui en l’arrêtant, mais lui savait que la liberté ne tient pas dans un seul corps. Elle tient dans les racines. Et les racines, on ne les arrache pas.
Deux cent vingt ans plus tard, Paul Beaubrun reprend cette métaphore là où elle s’était arrêtée. Pas comme un historien. Comme un héritier. Il ne commente pas Toussaint, il le continue. Et c’est précisément là que réside la force de ce titre : il transforme une leçon d’histoire en acte vivant, en souffle présent, en urgence d’aujourd’hui.

Vertières : l’album comme champ de bataille intérieur
Derrière ce single se profile Vertières, un projet qui se construit méthodiquement. Un deuxième single est attendu le 31 juillet 2026, avant que l’album complet ne soit livré au monde le 21 août. Le titre renvoie à la bataille du 18 novembre 1803, la dernière grande confrontation de la révolution haïtienne, celle qui a précédé l’indépendance. Mais Beaubrun ne s’arrête pas à la reconstitution historique. Ce qu’il cherche, c’est ce que cette victoire dit encore de nous, de l’identité afro-haïtienne, de la capacité d’un peuple à se relever quand tout plaide pour la capitulation.
L’album promet une traversée sonore ambitieuse : mizik rasin, rock, traditions spirituelles afro-caribéennes, tout cela tissé ensemble sans que rien ne sonne artificiel. Car Beaubrun est fils de Boukman Eksperyans, ce groupe légendaire qui, dès les années 90, avait compris que la musique haïtienne n’avait pas à choisir entre ses racines et le monde. Elle pouvait être les deux à la fois. Profondément locale. Universellement humaine.
Produit par Beaubrun lui-même aux côtés de Kolo, le projet sort sous Lovebrand Records et son propre label LAKOU Records, distribué par The Orchard. Un ancrage indépendant qui dit quelque chose de plus : on ne parle pas de liberté en étant sous tutelle.
Les racines de Toussaint recommencent à parler.
La question n’est pas de savoir si on les entend. La question est de savoir si on est prêts à répondre.
Marcelin Délice pour Imaj La
